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Casque à corne, Mythe ou réalité ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Halfdan Svarti, le 16-08-2007
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Qui n’a jamais été confronté, au moins une fois dans sa vie, à cette horrible image d’Epinal, à ce viking à casque à cornes, avec une espèce de string en moumoute et une épée tarabiscotée d’au moins trente kilos ? Cette horrible représentation, issue des “pompiers” du dix-neuvième siècle et reprise par Hollywood et consort, a été imprimée durablement dans l’inconscient collectif de nos contemporains. Pour nous autres, reconstitueurs, cette image est naturellement une hérésie que nous combattons avec force ; notre arme : la pédagogie. Certes, nos spectacles participent, avec le temps, à altérer ce mythe du viking à casque à cornes. Mais, finalement, affirmer et répéter que “les casques à cornes n’ont jamais existé” ne suffit pas, pas dans le cadre d’une démarche pédagogique et scientifique. C’est avec cet esprit scientifique, dont nous nous disons héritiers (que pourrions nous faire, sans le travail des historiens, des archéologues, des numismates ... ?) que j’entends aujourd’hui apporter un nouveau coup contre cette erreur, en présentant l’origine de ce mythe, puis une théorie expliquant des représentations graphiques de guerriers casqués et “encornés”. 1) A l’origine du mythe : Tout dabord, il faut savoir qu’à ce jour, l’archéologie n’a jamais retrouvé un seul de ces fameux casques à cornes, parmi les dizaines qui ont été exhumés. Il y a un siècle encore, on qualifiait volontiers de vikings des casques cérémoniels retrouvés au sud danemark (les deux casques de Vekso exposée au National Museum of Danmark à Copenhague), qui dataient en fait de la période celtique (La Téne). Cette confusion à permis d’étayer concrètement le mythe. (Illustration : “L’art viking” de régis Boyer, page 35, avec commentaire) Les sources écrites contemporaines (ou presque) des vikings, qu’elles soient le fait de chroniqueurs chrétiens, ou d’historiens islandais du onzième ou douzième siècles, ne font état nulle part de casques à cornes non plus. Pourtant, certaines sagas, rédigées parfois deux ou trois siècles après les faits, nous donnent des détails très précis sur l’équipement de tel personnage, sur la décoration d’une épée, ou le motif d’un bouclier. Ces détails, transmis fidèlement par une tradition orale reconnue comme fiable, n’auraient pas manqué, à l’occasion, de décrire les cornes du casque du roi Olaf, ou de Harald Hàrdrada, si elle avaient jamais existé. Les représentations de vikings par les vikings eux-mêmes sont assez rares : quelques sculptures, mais la plupart sont des personnages gravés sur certaines pierres runiques, rarement très détaillés ; beaucoup ne sont que de simples silhouettes qui ressortent grâce à la peinture. Dans ces représentations, à ma connaissance, aucun casque à cornes. Pourtant, des représentations graphiques, contemporaines des vikings (et parfois plus anciennes) existent. Il sagit de pièces de pendentifs, à l’image d’un personnage qui, quand il est complet, est explicitement un guerrier puisque tenant une épée et / ou une lance, et, effectivement, avec des excroissances qui font inévitablement penser à des cornes ... L’une de ces représentations classiques se trouve sur le célèbre casque cérémoniel de Välsgarde (en Suède), de l’époque de Vendel, soit entre 550 et 800 après J.C (ce qui nous ramène à deux ou trois siècles avant l’époque viking). Ce casque magnifique est composé de plaques de métal, en fait des appliques historiées, fondues et montées ensemble pour former la coque. Parmi les motifs de ces plaques (on en dénombre six séries fondues du même métal et du même style, certainement produite par un seul artisan ou atelier), on trouve encore de ces guerriers “encornés”. Une autre représentation identique se retrouve sur les plaques historiées du casque suédois dit de Torslunda, daté du sixième siècle. Là aussi sur l'une d’entre elles, on retrouve un personnage courant, et semblant porter un casque à cornes. Mais le casque de Välsgarde et celui de Torslunda seront re-évoqués tout à l’heure pour illustrer la théorie qui explique la présence de ces “cornes”. En attendant, ce sont les motifs de ces casques qui sont, avec d’autres bijoux, à l’origine du mythe. 2) Genèse du casque à corne : Certains de ces personnages sont représentés avec les “cornes” se rejoignant au sommet pour former un anneau, par lequel passait le lien ou la chaînette. Là aussi, le personnage est un guerrier tenant épée et lance, mais il existe également des représentations de simple têtes humaines, présentant elles aussi ces fameuses “cornes”. A noter que ces figures ne représentent pas explicitement le casque même, et que ce qui pourrait en faire office pourrait tout aussi bien représenter les cheveux. (illustration : catalogue de l’expo de paris, page 277, n°185 (également, en mieux, dans ”Vikings, the north atlantic saga”, page 59), et page 150 Ribe, n°184) C’est de ces bijoux qu’est partie l’image des guerriers en casque à cornes. En effet, à la fin du dix-neuvième siècle, l’archéologie, science balbutiante, avait découvert quelques-uns des ces bijoux, et fort peu de casques. Et le fait que les quelques casques qui pouvaient avoir été exhumés ne possédaient pas de ces cornes, représentées par ailleurs, ne prouvaient pas (et ne prouve toujours pas) que ces casques n’aient jamais existé. Les peintres, dés lors, en pleine période de romantisme nationaliste, ont donné cette image glorieuse et impressionnante de ces virils guerriers “barbares”, dont la bestialité était soulignée par les attributs d’aurochs sauvages chassés dans les vastes forêts du Nord. Pourtant, jusqu’alors, les représentations graphiques des vikings ne donnaient jamais de casques à cornes, non plus que les textes des historiens. Passons rapidement sur le moyen-âge, la renaissance et les lumières, car à ces époques, on représentait volontiers des événements anciens avec les modes, costumes et équipements en usage du vivant de l’artiste. C’est ainsi que l’on voit, à la renaissance, des scènes bibliques ou les personnages sont vêtus à la mode de la Venise du quinzième siècle, par exemple. Les casques à cornes n’apparaissent jamais, en fait, avant les représentations romantiques des artistes du dix-neuvième siècle. (Illustration : une belle peinture bien pompier retrouvée dans tes archives). 3) Du casque à cornes aujourd’hui : A partir du dix-neuvième siècle, en plein âge wagnérien ces peintures vont frapper les esprits. Ces personnages glorieux et impressionnants vont marquer profondément l’image même des vikings dans tous les inconscients collectifs, en Scandinavie comme ailleurs. Le casque à corne se retrouve partout, sous forme de logos, dans la publicité ou le tourisme, et même dans le sport, avec les “vikings”, une équipe de football américain du Minnesota. Les films et dessins animés ont repris le mythe. Des romans plus ou moins historiques, des fictions, en font état. Depuis presque deux siècles, cette erreur historique est reprise, entretenue, réactualisée au grès des modes, partout dans le monde. Le motif du casque à cornes est le plus “populaire” avec celui du snekkar, pour représenter en une image les vikings, voire la Scandinavie toute entière ! (Illustration : si tu as quelque chose de moderne.) Quand à la reconstitution historique, certains dans les débuts ont, par erreur ou par manque de rigueur, reproduit quelques casques à corne. Après avoir provoqué l’hilarité des générations suivantes de reconstitueurs, il n’en reste pas moins que, dans l’optique de l’archéologie expérimentale, un point positif  s’est dégagé de ces expériences : après tests, le casque à corne est aussi peu pratique que possible. Encombrant, il est difficile à ranger ou à transporter, et peut même être dangereux pour son propriétaire. De plus, le système de fixation, toujours compliqué et conjectural, est soit trop fragile, soit trop lourd ; Alourdi, les poids ainsi ajoutés déséquilibrent le casque, qui à tendance à être emporté d’un coté ou de l’autre, même s’il est solidement sanglé à la jugulaire. Son port prolongé provoque, du fait du déséquilibre et du sur poids, des douleurs musculaires dans le cou, voire des migraines (relative à la taille des cornes et au système de fixation) ; Au combat, il se trouve être dangereux pour toutes personne se trouvant à proximité du combattant ainsi équipé, et ce d’autant plus que les cornes sont imposantes. Il y a risque d’éborgner ses camarades, plus encore que ses adversaires ; Pour conclure, il apparaît évident que les guerriers de la période viking, étant pragmatiques et loin d’êtres stupides, n’auraient jamais adopté un tel casque pour lui remettre leur vie. De fait, les reconstitutions des casques découverts par l’archéologie ont, elles, donné les preuves de leur efficacité. 4) L’origine ésotérique : Finalement, après avoir mis à la lumière de la science les origines du casque à cornes, il nous reste une question, et de taille. Que représentent donc ces personnages des pendentifs et autres bijoux, qui, semblent-ils, portent des casques à cornes ? La dernière théorie, et celle qui remporte une large adhésion chez les reconstitueurs vikings, donne une explication ésotérique de la chose. Tout dabord, les spécialistes de l’archéologie ont assez tôt pensé à des représentations d’un homme, shaman ou guerrier, exécutant les danses d’un rituel, malheureusement non attesté par ailleurs. En effet, dans la plupart des cas, le personnage est, à l’évidence, en mouvement, dansant ou courant. Autre constante, l’aspect guerrier du danseur, toujours avec au moins une arme à la main. Ces constatations ont conduit nombre de spécialistes à y voir un genre de shaman, représenté lors d’une cérémonie, d’où l’idée de la spécificité rituelle des casques à cornes. Ceux-ci auraient été destinés au culte, et aucunement au combat, ce qui expliquerait leur rareté (en fait, leur totale absence). Cette interprétation c’est modifiée plus récemment, quand d’autres spécialistes y ont vu une représentation d’Odin, avançant la constante présence, dans les mains de notre danseur, d’une lance (voire deux), l’un des principaux attributs du dieu de la guerre et de la magie. C’est en suivant cette piste, et en réétudiant ces représentations de prés qu’un autre élément est venu étayer cette thèse, et donner du même coup l’explication des fameuses cornes. Un détail important se remarque, lui aussi de manière constante dans ces représentation d’Odin : les extrémités de ces cornes ont très souvent la forme d’oiseaux stylisés, pour autant que la petitesse du bijou peut le permettre (sur certains, on distingue bien une forme, mais elle n’est pas claire) ; or, un autre attribut d’Odin, ce sont ses deux corbeaux, souvent posés sur ses épaules, Huginn et Munnin. (illustration : catalogue de l’expo de Paris, page 150, n° 268, avec commentaires.) Leur nom est intéressant dans ce contexte : Huginn, c’est la “pensée” ; Munnin signifie “mémoire”. Les mythes confirment qu’il sagit là d’hypostases, de représentation des pouvoirs spirituels d’Odin. Et il semble évident que le siège de ces pouvoirs résident en grande partie dans la tête. Donc, nos bijoux représenteraient Odin lui même, ou bien des guerriers odiniques, en transe (en mouvement), puisque les pouvoirs du dieu de la guerre (que le shaman s’approprie par la transe) apparaissent, sortent de la tête lors d’un acte de magie guerrière : d’un coté, les pouvoirs spirituels et magiques, animés par la volonté (Huginn, la pensée), et de l’autre la science de la magie et les connaissances (Munnin, la mémoire). Quand à la “danse”, elle est une référence à la transe guerrière des Berserkir (les “chemises de peau d’ours”), soit la “fureur d’Odin” bien attestée par nos sources. 5) Les casques de Välsgarde, de Torslunda, et le “contexte odinique” : C’est là que nous retrouvons le casque de Välsgarde et celui de Torslunda, évoqué plus haut, car sa description va nous permettre d’etayer notre théorie. En effet, les motifs représentés sur ces plaques sont importants pour notre propos, car il nous placent dans un contexte particulier : ce que nous appellerons le contexte odinique. Sur le casque de Välsgarde, les plaques sont divisées en séries, décrites comme suit : Une première série de plaques est de forme variable, souvent triangulaire, et destinée à compléter les vides laissés par les autres séries montrant des personnages, et qui sont à peu prés carrées. Elles représentent des entrelacs d’animaux fantastiques; Sur une seconde série, on distingue deux guerriers marchant, casqués tenant lances et boucliers (leurs casques sont surmontés d’une crète formant une tête d’oiseau orientée vers l’avant); ils sont accompagnés d’un oiseau placé devant le premier guerrier; Sur une autre série, un guerrier est encadré de deux animaux, probablement des ours. Il est certainement en train de les combattre. Une quatrième série assez peu lisible, représente (?) une mêlée de guerriers équipés de lances et bouliers, et surmontés (clairement) d’un oiseau; Et enfin une série de deux plaques qui nous intéresse tout particulièrement, placée sur le devant du casque, représentant chacune deux guerriers, de face, tenant lances, et dont la tête est surmontée des fameuses “cornes”, en fait deux têtes d’oiseaux se rejoignant et formant un anneau. (Illustration : La reproduction du casque de välsgarde dans “The Vikings” de Karl Schulze, Britta Nurmann & Verhülsdonk, page 28) Cette description nous place sans conteste aucune dans un contexte guerrier, et pas n’importe lequel. En effet, selon notre théorie, chaque motif trouve son explication dans un contexte général, celui des rites odiniques des confréries guerrières germaniques qui se sont maintenues jusqu’au delà de l’époque viking, avec les Berserker et les fameuses confréries d’ulfhedni (singulier : Ulfhedhnar, c-à-d “vêtus de peaux de loups”, signe distinctif des membres de ces confréries guerrières). Si l’on admet que la série de deux plaques représente non plus des guerriers à casque à cornes, mais des guerriers membres de confréries d’ulfhedni lors d’un rite odinique, alors les autre motifs s’inscrivent aisément dans le même contexte : Les deux guerriers avec lances et boucliers sont accompagnés d’un oiseau, soit par les pouvoirs d’Odin, témoin de leurs exploits. De plus, la lance est également un attribut odinique; L’homme affrontant deux ours : un guerrier face à la dernière épreuve de l’initié et de l’aspirant berserker, à savoir qu’il devait tuer lui même l’ours dont il porterait la peau à la bataille. Cependant, on ne s’explique pas pourquoi, comme sur le casque de Torslunda, il affronte deux ours et non un seul. La mêlée de guerriers : une bataille ayant l’un des corbeaux d’Odin pour témoin (ou représentant les pouvoirs odiniques de l’un des guerriers à l’oeuvre); Le casque de Torslunda est lui aussi constitué de plaques. L’auteur de cet article ignore combien de séries y sont représentées, mais il peut en décrire quatre : Sur la première, on distingue deux guerriers casqués tenant lances et épées (leurs casques n’ont pas de cornes, mais un cochon formant une crète, motif traditionnel caractéristique des guerriers suédois). La similitude avec la série correspondante du casque de Välsgarde est frappante; Sur une seconde série, un guerrier armé d’un couteau et d’une épée affronte deux ours. Là aussi, le commentaire donné pour la série correspondante du Välsgarde est valide; Sur une autre série, un guerrier torse nu, tenant une hache et un ours  par une chaîne; cette plaque qui n’a pas sa correspondance sur le Välsgarde, représenterait un berserker qui maîtrise la puissance et la force de l’ours. A noter qu’il tient une hache; or, à l’époque viking, la grande hache danoise était l’arme rituelle et caractéristique des berserkir; Et enfin, un personnage en “casque à cornes, tenant deux lance et équipé d’une épée en bandoulière cours devant un homme loup (un ulfhedhni) tenant une lance et dégainant son épée. Ce dernier motif se passe de commentaires. (Illustration : “L’art viking” de Régis Boyer, page 117, avec commentaire suivant : Statens Historika Museum, Stockholm.) Un dernier point enfin. Cet éclairage nouveau permet de mieux rendre compte du l’utilisation de ces casques, qui à l’évidence ne servaient pas au combat, mais lors de cérémonies. Les spécialistes se déchirent encore sur un point : casque cérémoniel, à usage religieux, ou bien casque de pur prestige, destiné à impressionner les foules ? Pour notre part, et pour autant que l’auteur de ces lignes puisse se permettre un avis, il sagit d’un casque cérémoniel, et  plus précisément, de cérémonies guerrières, dans le cadre des initiations des guerriers, aspirants à devenir membres de confréries d’ulfhedhnar ou berserker. Cependant, ces casque superbes peuvent tout autant avoir été des marques de prestige, d’autant plus efficaces que servant également aux mystérieux rites odiniques. 6) Conclusion : Comme dans l’histoire du mythe du casque à cornes, notre article commence et finit avec les motifs qui l’ont vu (en partie) naître. Mais l’image du casque à cornes a la vie dure, et il est probable qu’aprés deux siècles, elle continuera longtemps à hanter l’imaginaire collectif, et a faire grincer les dents des reconstitueurs que nous sommes. Quoi qu’il en soit, cette image s’altère, et même si elle perdure,  de plus en plus de gens savent qu’elle représente une erreur. Pour tous ceux là, j’espère que cet article, modeste contribution d’un homme qui n’est pas scientifique mais passionné, leur donnera matière à défendre concrètement la vérité historique. Enfin, et pour terminer, le fruit de cet article ne doit pas être pris comme une vérité établie, mais pour ce qu’elle est : une théorie. Ceci implique qu’elle est valable, sous réserve de découvertes à venir, qui la confirmeront ou l’infirmeront. Cet article se veut une contribution à un débat plus large, et mené généralement par des scientifiques bien plus aptes à décider de sa validité. L’auteur espère simplement avoir ouvert une piste nouvelle, qui de toutes façons, et même si elle aboutit à une impasse, aura au moins fait progresser nos connaissances du monde viking.

Par Halfdan Svarti

Dernière mise à jour: 28-09-2009

Publié dans : Nos Articles, Reconstitution

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