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L île sainte Catherine Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Benoist BOURGNEUF , le 02-12-2007
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En plus de la reconstitution historique il est vrai que je me passionne pour le canoë et le kayak- l’atavisme sans doute- et nos embarcations nous ont permis d’emmener les amis animateurs de ce site et le président de l’association et sa femme sur l’île SAINTE CATHERINE .

Elle est située sous le pont autoroutier  jeté en travers de la Seine,  et sur cette île de nombreux indices laissant à supposer qu’il s’agit là du lieu mythique de « Oscellus », base arrière des venus du nord à l’assaut du monde dit civilisé. Nous verrons que cette hypothèse, qui a fait l’objet depuis le 19ème siècle d’âpres discussions entre spécialistes, est la plus plausible et à présent communément admise. Certains dont nous sommes aimeraient voir ce site  plus sérieusement fouillé. C’est aux Osséliens eux même qu’il faut s’adresser ce qu’a compris notamment la Bibliothèque de Oissel  qui a fait il y a trois ans une expo de certains de nos équipements et avec comme invité d’Honneur le Professeur Le Maho

Histoire 

Les Chroniques du moyen âge mentionnent, sous la plume des moines, le nom de OSCELLUS, en latin, qui aurait été l’établissement principal des vikings de la Seine de 856 jusqu’en  861. Si nous savons à peu près l’histoire de ces grands fondateurs, il n’est peut être pas inutile de rappeler ici  les conditions de leur migration jusqu’à notre région alors partie de la Neustrie, sans réel particularisme au sein d’un Empire Carolingien déclinant. Une date charnière est sans doute celle de 841, la bataille de Fontanet entre les fils de Louis le Débonnaire, Charles le Chauve et Lothaire qui laisse le territoire exsangue. En effet les vikings, qui commercent et parlent au hasard de leur négoce, ne sont pas sans savoir, c’est en quelque sorte de l’espionnage, que le pays est affaibli. S’il n’est pas à proprement parler près à tomber comme un fruit mûr, il y a néanmoins là pour des vikings audacieux le moyen, comme nous dirions aujourd’hui de « faire un coup ». Eux appelaient cela le « Strandhögg ». Ils troqueront donc leur balance contre la hache et frapperont  sur la vallée de la Seine lors d’une opération qui tient de la guerre éclair et de l’action commando,  sous les ordres d’Osgeir ou Asgeirr le danois, Oscherus pour les « journalistes » que sont les moines de l’époque. A la tête de 150 navires quand même (150 * 30, 4500 hommes) ils pillent et brûlent Rouen pendant deux jours les 15 et 16 Mai, incendient Jumièges le 24 mai- les chapiteaux de l’Eglise Saint Pierre en portent encore les stigmates, le 28 c’est l’abbaye de Saint Wandrille qui paie la Rançon. Enfin, pourchassés  par Gouffard, vassal du Roi de France le 31 ils regagnent l’estuaire sans encombre après ce coup de main, évitant le combat avec intelligence. Les esnèques sont bientôt  remplis de richesses en lieu et place des galets, le traditionnel lest.

En 845 c’est une nouvelle expédition commandée par REGINARIUS en qui il faut reconnaître le légendaire chef de guerre danois Ragnarr aux braies velues, Ragnarr Lodbrök, qui fut jeté dans une fosse remplie de vipères par le roi de Nothumbrie et dont on dit qu’il accueillit la mort en riant.

Trouvant décidément que « la soupe est bonne », les Vikings de la seine décident de s’installer en aval de Paris sur l’île de Oscellus, sous les ordres de leur chef BERNON. Celui ci décide d’y construire un « castrum » en 857.

C’est aussi un défi et le Roi de France. Charles le Chauve le prend d’ailleurs comme tel et il décide de les chasser,  avec à ses côtés son fils du même prénom, son neveu Lothaire et ses grands Vassaux. Le 1er Juillet il en fait le siège mais malade et trahi par son propre camp partisan de son frère Louis le Germanique,  qui tente bel et bien de l’éliminer, il part (ou plutôt « déguerpit » ?)  Avec ses troupes le 23 Septembre abandonnant sa flotte à l’ennemi.

  Ne voyant pas de solution militaire avec ses troupes visiblement peu encline à risquer leur vie pour leur roi, il a alors l’idée de faire appel à un chef viking mercenaire pour réduire cette place forte. La pratique était courante et l’histoire fourmille de ces exemples jusqu’à Hasting même, lorsque le bâtard conquérant eu l’idée de génie d’ouvrir un second front. Mais c’est là une autre Histoire. WELAND, viking de la Somme, exigea pour prix de sa trahison la somme de 5000 livres argent, quand le Roi lui en proposait 3000. Mais sa flotte en amont de l’île ne pouvant attaquer qu’un flanc, il fit donc transporter sur rondins- pratique typiquement viking-ses esnèques en aval de l’île, pour prendre les pilleurs, renforcés par soixante autres navires entre temps, en étau.

Il put accomplir cette manœuvre après avoir remonté la rivière appelée en latin Tellas.

Les Vikings de la Seine coupés de toute retraite et ravitaillement durent se rendre, et selon un accord dont ils ont le secret, partager leur butin avec les vainqueurs, (des richesses  appartenant quand même à l’employeur de ces derniers, le Roi de France !) Les perdants payèrent une rançon de 6000 livres. Vainqueurs et vaincus se réunirent alors comme si de rien n’était pour reprendre la mer mais la saison étant trop avancées ils renoncèrent à leur projet et se scindèrent en deux troupes qui se rendirent l’une à Melun l’autre à Saint Maur des Fossés. Il n’est plus alors question de l’île d’Oissel dans les chroniques. En tout les cas ce ne fût ni Camerone ni Massada mais plutôt une démonstration de l’intelligence normande et il faut bien le dire d’un certain opportunisme lorsqu’il s’agit de s’enrichir.

Tout cela est bien connu mais à l’instar d’autres historiens qui posaient la question primordiale pour asseoir leur mythe « franchouillard » : « où est Alésia ?» nous sommes en droit de nous poser celle ci : « Où est Oscellus ?»    

 

Les diverses thèses :

La première thèse en faveur d’Oissel, près de Rouen est celle au 17ème siècle d’Adrien de Valois, s’appuyant sur des textes latins contemporains de Charles le Chauve qui mentionnent OSCELLUS, Il le rapproche d’un autre texte –un titre de Robert le Magnifique-pour étayer son affirmation, titre  qui mentionne « TORULINAM  alio quidem vocabulo Oscellum » dans le pagus de Rouen une île sur la Seine nommée Torulina ou autrement Oscelle. Ces deux lieux en seraient donc un seul.

Contre cette thèse dans ce qu’il convient d’appeler une querelle d’expert, un bibliothécaire de Colbert, Baluze argue du fait qu’un autre teste latin  parle, lui, d’une île située près de Melun...

Au 19ème siècle l’abbé Lebeuf penche lui pour un troisième lieu  appelé HOSCEIL sur un titre de 1216. Situé au dessus de Bougival, il en déduit que l’île située près de ce lieu est OSCELLUS. Il reçoit un soutien de poids en la personne d’Arcisse de Caumont. Il s’appuie de plus sur le fait qu’Oissel près de Rouen est trop éloigné de Paris et que l’île près de Bougival mesure 150 arpents lorsque celle d’Oissel est, à son avis, trop petite

Quant à Jules Lair, en 1897, les îles de Jeufosses et Oissel n’en seraient qu’une.

 Le Bon sens :

Comme l’a fait remarquer un contemporain de L’abbé LEBEUF , Monsieur BONAMY, les vikings se jouaient des distances. Faire Oissel Paris alors que certains dans le même temps allaient pêcher au large des Amériques quelle blague ! Exit donc l’argument du bon abbé.

Pour ce qui est de l’argument de la superficie des 150 arpents comment croire que lesdits vikings n’aient occupé que l’île bien petite au demeurant pour accueillir 150 navires et leur équipage, pour la vie de tous les jours ? Nous y reviendrons mais toute la toponymie locale va en ce sens, toute la troupe vivait sur les ressources de la campagne locale celle ci ne faisant office, comme le châtelet  des châteaux fort, que de lieu de repli en cas de troubles graves.

Quant à Baluze  sa théorie n’est guère recevable car il est bien évident que nos ancêtres n’ont pas établi leur camp dans une seule et même île. Jeufosse, Givaldi Fossa en est une autre en amont de Vernon et n’en déplaise à Jules Lair il n’est pas explicable que les chroniqueurs de l’époque aient employé tantôt un nom, tantôt l’autre pour un seul et même lieu.

  La toponymie. Monsieur DEPPING un autre érudit de ce 19ème siècle, qui voyait les balbutiements de l’archéologie, avec son lot d’erreurs plus ou moins dramatiques, rappela à l’abbé Lebeuf et à Baluze  qu’il existe un Oessel au Danemark et  une île de Oesel dans le golfe de Finlande. Pour ce qui de la campagne proche, il ne fait guère de doute que l’actuel village de Tourville la rivière est  le lieu d’établissement de Thor et quiconque connaît les lieux peut aisément comprendre  que les hommes du nord, qui aimaient les promontoires pour leur culte, aient donné ce nom .par la suite ajouté au suffixe latin « Villa ». Torulinam en est le nom latin dans le titre de Robert le Magnifique. De plus il s’agit là outre l’aspect cultuel d’un poste de guet privilégié sur l’Eure, la Seine et l’Andelle à hauteur de Pîtres (voir carte)       L’archéologie 

Il est frappant de constater que, lors des divers dragages de la Seine, la plus forte concentration d’armes vikings et franques aient été découvertes justement entre Elbeuf et l’île Saint Catherine. Seulement les moyens manquent et comme d’autres lieux le site mériterait une vraie campagne de fouille, avec les techniques modernes et non, comme elles furent faites au 19ème, au mépris des matériaux non nobles, vestiges en bois ou levées de terre dont on sait maintenant les enseignements à tirer.

Le Musée de Saint Germain est plein de ces objets, en or ou autre matière précieuses, déterrés au prix de la destruction des sites à cette époque.  

La théorie du professeur le Maho

Pour le professeur il ne fait pas de doute que l’île de Oissel, appelée depuis Sainte Catherine  est Oscellus, la rivière ayant été remontée par le redoutable WELAND n’étant autre que l’Andelle. Il serait alors allé jusqu’au village de Radepont,   pour ensuite faire  prendre à ses navire l’actuelle N14, alors voie romaine subsistante, pour ensuite leur faire descendre la côte de Belbeuf jusqu’aux environs de l’actuel club de Kayak. Tout concorde !

Pîtres, au confluent de la Seine et de l’Andelle  était alors un centre viking comme l’atteste la découverte d’une fibule d’une beauté exceptionnelle et actuellement conservée au Musée de Rouen. 

Il met aussi à bas l’idée que la flotte de WELAND ait été transférée à bout de bras entre la vallée de l’Epte et celle de la Seine, à la hauteur de la Roche Guyon, du fait du caractère particulièrement accidenté de cet endroit. Pour ce qui est de l’Andelle et ensuite de la N14 la pente est bien plus douce à franchir pour les hommes et les animaux attelés, donnés par le roi de France comme l’on sait, jusqu’à Belbeuf

Le professeur est rejoint dans son analyse par Simon Coupland et Janet Nelson.

Il s’appuie aussi sur le fait qu’un texte rédigé par l’archevêque de Reims Hincmar en 862, mentionne que ce chef mercenaire aurait longtemps stationné à Pîtres, non loin de là, précisément en amont d’Oissel ce qui aurait expliqué la manœuvre de contournement par Radepont puis par Belbeuf.

 

Le Site

Qui dit île dit eau et  qui dit eau dit embarcation. Ce fût donc l’occasion pour nous de sortir les Kayaks qui ne demandaient qu’à suivre le sillage des esnèques. Sur place à vrai dire c’est un peu décevant. Les palissades de cette île fortifiée se sont décomposées depuis longtemps. Le paysage n’en demeure pas moins  superbe et si l’Ile Sainte Catherine est la principale, les îles plus « sauvages » car plus boisées alentours ont obligatoirement servi à faire relâche sur la « route » des monastères. On en oublie presque l’autoroute si haute qu’elle en est silencieuse. Ici c’est le royaume des ragondins, des cormorans, ici plus souvent qu’à leur habitude, et de quelques pêcheurs qui  ont établi leur camp dans les environs dans une totale méconnaissance de l’importance du lieu. Je ne parle pas des bateliers qui passent vite, vite : bref une autoroute en bas et une en haut !  Bref il ne faut pas espérer en mettant le pied sur l’île voir quelque chose de spectaculaire. Pour cela il y a Marne la Vallée !

  

Un projet audacieux de campagne de fouille permettrait de découvrir outre des armes, des bois de palissade,  peut être des navires qui à l’instar de ce qui a été fait à Roskilde au Danemark par le Musée des Bateaux Vikings pourrait alors être préservés grâce aux techniques modernes.

Cette île qui appartient aux voies navigables de France est en tous les cas un haut lieu de la Normandie et revêt pour nous qui reconstituons le mode vie des vikings de la Seine une importance primordiale.

Ce site et d’autres sont les témoins d’un passé pas si lointain, époque à laquelle nos aïeux dynamisaient une Province après qu’on leurs eût donné ce qu’ils avaient déjà pris. 

                                                                       Benoist BOURGNEUF  

 

Bibliographie Sommaire:

 Les Vikings en France de Jean RENAUD aux éditions Ouest France

Atlas des Vikings de John HAYWOOD aux éditions Autrement

OISSEL d’Edouard TURGIS 1886, réédité par la Société d’Histoire d’Oissel

L’Europe des Vikings Editions Hoëbeke Abbaye de Daoulas

 


Dernière mise à jour: 02-12-2007

Publié dans : Nos Articles, Histoire

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